Combien de personnes ont retrouvé une parenthèse de liberté ces dix dernières années dans le pays de Morlaix, le temps d'une balade en triporteur électrique, piloté par un cycliste bénévole? Ernest Le Bris, fondateur de l'association L'Ami Cyclette, à Pleyber-Christ, n'a pas vraiment compté. Mais l'homme est intarissable d'anecdotes sur les sou-
rires que ce concept a redonné. C'est peut-être même ce qui a con- vaincu les Journées contre l'indifférence de Lampaul-Guimiliau de leur décerner un coup de cœur de soutien à l'occasion de leur 31 édition, du 22 au 24 mai.
Le tester, c'est l'adopter Son projet est né en 2016, en lien avec la démarche « A vélo sans âge » créée au Danemark et qui s'installait alors en France. « L'idée m'est venue quand mon ancien voisin, Francis, a dû partir en maison de retraite. Comme il aimait se promener, raconte Ernest Le Bris, j'ai essayé de continuer avec lui. D'abord en Joëlette, mais c'était assez lourd, ça n'allait pas vite... Sur mon quad, c'était trop bruyant... » Puis l'ancien éducateur entend un jour à la radio le témoignage d'une association à Rezé (35) qui balade des gens en triporteurs à assistance électrique : « Je lui ai dit: "Francis, j'ai ton truc !" >>
C'est comme ça que Pleyber-Christ est devenue la troisième antenne française d'À vélo sans âge. << Au début, les Ehpad trouvaient l'idée
intéressante, mais on n'avait ni financement, ni triporteur. Alors on est allés à Rezé les tester et faire un petit film pour leur montrer : ça a fait tilt ! », se réjouit Ernest Le Bris. Qui, avec sa compagne, achète le premier triporteur, fabriqué au Danemark, pour 6 200 € sur leurs propres deniers. «On l'a inauguré en mars 2017 à l'Ehpad de Pleyber- Christ, et le petit article du Télégramme d'alors a fait boule de neige », se souvient-il. L'association Ami Cyclette est créée en décembre 2017. Restait alors à lever les réticences sur ce concept novateur. « On a fait la démo. Aux résidents, d'abord.
Puis on a fait s'asseoir le directeur pour le promener 30 minutes. Il est revenu, devis signé en main, en s'exclamant: "Commandez le triporteur, c'est génial !" >>
Les souvenirs se réveillent En plaçant les personnes « devant le vélo, où elles sont reconnues, saluées, le triporteur recrée du lien social, c'est impressionnant ! »>, assure Jean-Luc Bizouarn, l'un des bénévoles. Avec les sens en éveil :
<< découvrir la ville illuminée à Noël, le parfum d'un mimosa, le bruit des vagues un jour de tempête ou le simple fait de cueillir une pomme sur l'arbre », procure des sensations oubliées, active la mémoire et ouvre
« J'ai vu des personnes mutiques se mettre à parler en balade >>
PASCALE DLUZ, BÉNÉVOLE
la discussion. « J'ai vu des personnes mutiques se mettre à parler en balade, témoigne Pascale Dluz, une autre bénévole. Ou d'autres en pleurs car certaines n'étaient pas sorties depuis des années. >>
Une salariée pour développer le réseau Aujourd'hui, l'association, forte de 18 bénévoles et une trentaine d'adhérents, possède six triporteurs- quatre biplaces à assistance électrique et deux mécaniques pouvant
transporter un fauteuil roulant - et souhaite investir dans un nouveau... << Car on ne sait pas dire non », assument Ernest Le Bris et ses Amis Cyclette. Qui, outre l'accompagne- ment de dix à quinze structures par an, soit 600 à 700 personnes prome- nées, comptent élargir l'accompagnement de terrain, grâce à Camille Lobut, salariée embauchée à mi-temps depuis mars. Refaire tester le triporteur dans les Ehpad, aller vers les CCAS pour identifier les besoins chez les personnes à domicile, former aussi les familles et développer l'intergénérationnel avec les établissements de formation à l'aide à la personne. « C'est une démarche d'aller vers, à un tarif le moins cher possible »>, résume Jean- Luc Bizouarn. « À l'heure du manque de moyens et de personnels dans les Ehpad, on peut y remédier : le triporteur, c'est simple à mettre en œuvre et terriblement efficace ! >>
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